Nord-Ouest andin
Salta, Jujuy et les vallées Calchaquíes : villages andins en adobe, montagnes striées d'oxydes, vignes à 3 000 m et culture quechua-aymara toujours vivante.
Le Nord-Ouest argentin, que nous appelons ici le NOA, regroupe principalement les provinces de Salta et Jujuy, auxquelles s'ajoutent Tucumán et Catamarca pour les itinéraires plus longs. C'est une région d'altitude : Salta capitale est à 1 200 m, San Salvador de Jujuy à 1 260 m, et la quebrada de Humahuaca grimpe rapidement vers 2 500 puis 3 000 m. Les paysages basculent en quelques heures de route, des forêts subtropicales des yungas au-dessus de Salta jusqu'aux puna désertiques au-delà de 3 500 m, où l'on croise des troupeaux de lamas et de vigognes sauvages.
La quebrada de Humahuaca, longue gorge taillée par le río Grande et classée à l'Unesco depuis 2003, structure l'axe touristique principal. Les villages de Purmamarca au pied du cerro de los Siete Colores, Tilcara avec son pucará préhispanique, Uquía et son église du XVIIe siècle aux anges arquebusiers, puis Humahuaca, jalonnent l'ancien chemin de l'Inca. Plus haut, la piste qui monte au Hornocal dévoile une crête calcaire striée d'oxydes ferreux et cuivreux à 4 350 m, accessible en 4x4 depuis Humahuaca en une heure et demie.
À l'ouest, les Salinas Grandes étendent leurs 12 000 hectares de sel à 3 450 m, traversées par la route nationale 52 qui mène vers le col de Jama et le Chili. Au sud de Salta, les vallées Calchaquíes ouvrent un tout autre décor : la quebrada de las Conchas et ses formations gréseuses rouges (Garganta del Diablo, Anfiteatro), le village colonial de Cachi à 2 280 m sous le Nevado de Cachi, puis Cafayate, capitale argentine du torrontés. Ce cépage blanc aromatique se cultive ici jusqu'à 3 000 m d'altitude dans les bodegas de Colomé ou Tacuil, parmi les plus hautes du monde.
La culture locale reste profondément andine, héritière des peuples Diaguita, Kolla et Omaguaca. On l'entend dans les coplas chantées au carnaval de février, on la voit dans les marchés textiles de Humahuaca et de Tilcara où les tissages de laine de lama et de mouton se vendent au mètre, et on la goûte dans les empanadas salteñas (cuites au four, garnies de bœuf coupé au couteau), les tamales, le locro, ou les humitas à base de maïs frais. Le 1er août, les communautés font la Pachamama : on creuse un trou dans la terre, on y verse de la chicha, des feuilles de coca et de la nourriture pour remercier la Terre mère avant les semailles.
L'économie repose sur l'élevage en altitude, la culture du tabac et de la canne à sucre dans la vallée de Lerma autour de Salta, et la viticulture d'altitude. Le tourisme s'est développé sans dénaturer les villages, restés majoritairement en adobe et tuiles. Les distances sont importantes : Salta-Cafayate représente 185 km mais 3 h 30 de route par la quebrada de las Conchas, Salta-Purmamarca 190 km en 2 h 30, et la boucle complète des vallées Calchaquíes via Cachi et la Cuesta del Obispo (col à 3 348 m) demande au minimum deux jours.
Cette région se distingue du reste de l'Argentine par son ancrage indigène vivant, son architecture coloniale espagnole intacte et ses paysages géologiques rares. Pour nos voyageurs, c'est souvent le contrepoint culturel le plus marquant après Buenos Aires ou la Patagonie, et l'occasion de comprendre que l'Argentine ne se résume ni au tango ni aux glaciers.
À découvrir
Cerro de los Siete Colores à Purmamarca. Une marche de 3 km autour du village au lever du soleil, quand les strates rouges, ocres et vertes du flanc montagneux prennent leur intensité maximale avant 9h. Le marché artisanal sur la place s'installe en parallèle.
Route des bodegas de Cafayate. Dégustation de torrontés et de malbec d'altitude dans les caves de Piattelli, El Esteco ou la centenaire bodega Etchart. Les vignes les plus hautes du domaine Colomé culminent à 3 111 m dans la vallée Calchaquí.
Hornocal, la montagne aux 14 couleurs. Crête calcaire en dents de scie à 4 350 m, accessible en 4x4 depuis Humahuaca. Nous y montons en milieu d'après-midi, quand la lumière rasante fait ressortir les pigments cuivrés et turquoise.
Cuesta del Obispo et parc national Los Cardones. Trajet de Salta vers Cachi par un col à 3 348 m, puis traversée d'une vallée d'altitude tapissée de cactus candélabres (Echinopsis atacamensis) qui peuvent atteindre 10 m de haut et plus de 300 ans.
Carnaval de Humahuaca en février. Neuf jours de coplas chantées au son de la caja, déterrement du diablo carnavalero, défilés des comparsas masquées. Fête andine vivante, à des années-lumière de l'imagerie brésilienne.
Quand y aller
Le NOA bénéficie d'un climat sec une grande partie de l'année, ce qui en fait une destination praticable d'avril à novembre. L'hiver austral (juin à août) offre des journées lumineuses à 18-22 °C dans la quebrada et Cafayate, mais des nuits qui descendent à -5 °C à Humahuaca et jusqu'à -15 °C sur la puna au-dessus de 4 000 m. Le printemps (septembre-novembre) reste notre fenêtre préférée : températures diurnes de 20-25 °C, ciel dégagé, floraison des cactus.
La saison des pluies se concentre de décembre à mars, avec un pic en janvier-février. Les précipitations restent modestes (200 à 400 mm annuels selon les vallées) mais elles tombent en orages courts et violents qui coupent régulièrement la route 40 entre Cachi et Cafayate, ainsi que les pistes vers le Hornocal ou les Salinas Grandes. Salta capitale, située plus bas et adossée aux yungas, reçoit davantage : comptez 30 à 35 °C en janvier avec une humidité lourde. Si vous voyagez en pleine saison humide, prévoyez de la souplesse dans le programme et privilégiez les villages de la quebrada de Humahuaca, plus secs que les vallées Calchaquíes.
Conseils pratiques
Nous recommandons un minimum de 6 jours sur place pour couvrir l'essentiel : 2 jours dans la quebrada de Humahuaca (Purmamarca, Tilcara, Humahuaca, Hornocal), 1 journée vers les Salinas Grandes et le col de Lipán, 2 à 3 jours sur la boucle Salta-Cachi-Cafayate-quebrada de las Conchas. Pour intégrer la puna jujeña (Salinas, lagune de Pozuelos, villages de Susques ou Santa Catalina), comptez 9 à 10 jours. Le point d'entrée logique est l'aéroport Martín Miguel de Güemes de Salta, relié quotidiennement à Buenos Aires en 2 h 20.
La combinaison la plus cohérente se fait avec Mendoza et Cuyo pour prolonger la thématique des vins d'altitude et des paysages andins, en vol direct ou via Buenos Aires. Certains voyageurs enchaînent aussi avec la Patagonie des lacs, en acceptant un changement de décor radical et un vol intermédiaire. Le confort va du boutique-hôtel en hacienda restaurée (Cafayate, Cachi, Purmamarca) à l'hospedaje familial dans les villages de la puna. La région convient aux voyageurs contemplatifs, aux amateurs de culture andine et de vin, aux familles avec enfants à partir de 8-10 ans (l'altitude peut gêner les plus jeunes au-dessus de 3 500 m), ainsi qu'aux photographes. Les randonneurs sportifs y trouveront moins leur compte qu'en Patagonie, sauf à organiser une ascension spécifique comme le Nevado de Cachi (6 380 m).

